Le consensus est-il toujours mou ?

Associé souvent à tort au « flou », au « mou », au manque de courage des décideurs, le mot « consensus » ne semble pas toujours avoir bonne presse par les temps qui courent... Notre époque post-moderne n'aurait-elle pas perdu de vue la philosophie ou l'état d'esprit qui émane de cette belle et grande idée de consensus ? Une belle et grande idée pour l'Humanité, fondatrice du vivre-ensemble « démocratique » ...

Mais qu'est-ce au juste que le consensus ? Le consensus renverrait à un processus collectif de recherche de sens pour aborder les problèmes en vue de prendre des décisions.

Le consensus est un principe hérité de l'Antiquité qui marque le pouvoir de la raison par rapport à la violence. Les hommes décident de faire usage du Logos pour délibérer et décider ensemble. Le logos désigne en Grec à la fois « le langage » et « la raison ».
Le consensus se présente ainsi comme la meilleure alternative à l'usage de la violence ou aux rapports de force. Plus qu'un idéal ou qu'un grand principe, le consensus serait pour les anciens un art et une habileté qui renvoie à une disposition d'esprit essentielle : la prudence (en Grec : phronesis). « Mère de toutes les vertus », elle apparaît comme une qualité humaine indispensable pour « créer » le consensus.

A l'origine, le terme concentio désigne « l'art de chanter ensemble ». Pour poursuivre l'image dans ce sens, le consensus serait l'art de trouver une forme harmonieuse dans une pluralité de voix différentes et potentiellement dissonantes.
Or rechercher l'harmonie dans une polyphonie ne suffit pas à écarter tout à fait les risques de cacophonie... !
La recherche du consensus trouve a fortiori tout son sens lorsqu'apparaissent des dissensions au sein d'un groupe.
En situation de décision, un groupe définit un niveau d'acceptabilité commun qui permettra d'augmenter les chances de déboucher sur un accord.
Les compromis qui résultent du « processus-consensus » apparaissent ainsi plus souvent comme les « moins mauvaises solutions » que comme les « meilleures».

En réponse à la question posée plus haut, voici une proposition que nous pourrions faire sous forme de syllogisme :

Les hommes sont portés naturellement à vivre en groupe.
Or les groupes sont toujours exposés à des dissensions possibles.
Donc les hommes préfèrent le consensus au dissensus.

Le débat est ouvert : cette proposition fera-t-elle consensus ?


Tristan de Fommervault pour le Gymnase du Management

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