Se voir moins pour se voir mieux ?

« Dans l'ensemble, le télétravail est devenu la règle […] Tout était donc pour le mieux. N'importe quel observateur aurait prédit en 2019 la fin des « bureaux » et même des usines traditionnelles […] »

Vous l'avez deviné, ceci n'est qu'une fiction, extrait du livre « A quoi ressemblera le travail demain ? » (*1)

Pourtant, ne devrait-on pas déjà la connaître, cette fin des bureaux ?
Années 70. Une étude du Bell system annonce que tous les cadres américains travailleront chez eux en 1990 puis une autre, japonaise, prévoit que 65 % des emplois tertiaires seront occupés à distance.
De son côté, Jack Nilles (*2) invente le mot de telecommuting, persuadé que 10 ou 20 ans plus tard, le télétravail sera la norme.

Alors pourquoi, aujourd'hui encore, le télétravail est-il toujours pour demain ?
Les freins sont en partie d'ordre culturel et social : la confiance du management passerait par le « visu » (voir ce que fait le collaborateur), les salariés seraient attachés au lieu «travail » en ce qu'il est aussi un lieu de vie (lieu des échanges et de la convivialité) etc.

Mais il y a aussi cette croyance que la distance altère la dynamique d'équipe : en se voyant moins, on échange et on partage moins, on résout moins vite les problèmes !

C'est bien ce que souligne Cary Cooper (*3) : « Beaucoup de ce qui contribue [à la construction d'une équipe] ne se joue pas dans des rendez-vous formels comme les vidéoconférences, les conference calls ou Skype. Beaucoup de tout ça se joue en coulisses, dans des moments informels ».

Oui, pour qu'il y ait équipe, il faut qu'il y ait interactions et des interactions spontanées. Mais la proximité en est-elle un ingrédient clé ?
Se voir tous les jours - ou presque - dans un même lieu, selon de mêmes rituels apporte-t-il réellement quelque chose ?
Bien sûr, du lien. Mais un lien qui ne tisse pas toujours le meilleur...
Les conversations informelles, les réunions récurrentes, la facilité de demander à qui est là…instituent des habitudes qui peuvent aussi figer les relations (*4) voire les dégrader (agacements, lassitude, médisances …).
La proximité a donc aussi ses travers…

Alors se voir moins ou se voir différemment enrichirait-il la dynamique d'équipe ?
Telle est l'hypothèse retenue dans « A quoi ressemblera le travail demain ? » : pour rompre avec le « tout-télétravail », un label « Real life production » est créé. Il est attribué à des lieux favorables au travail créatif et coopératif.

Le lieu de travail comme « booster » de la collaboration !


Valérie Bergère pour le Gymnase du Management

(*1) A quoi ressemblera le travail demain ? Sandra Enlart et Olivier Charbonnier Hors collection, Dunod - 2013
(*2) Jack Nilles, Directeur du Programme NTIC au centre du futur de l'Université de la Californie du sud (UCLA)
(*3) Directeur de Robertson Cooper, un cabinet de conseil en psychologie organisationnelle britannique
(*4) Une étude de Kathryn Fonner et Michael Roloff nous apprend que de nombreux employés sont heureux de télétravailler, en partie parce qu'ils restent en dehors de la « politique » du bureau.



découvrez aussi...

 

Répondre à une demande d’augmentation méritée

Un collaborateur a particulièrement bien travaillé cette année et demande une augmentation : rien de plus naturel ? Pas toujours, ou en tout cas pas systématique. Comment reconnaître sans promettre ?

 

Le "non", une affaire de conditions

Dire "non" : pourquoi est-ce si difficile ?
2 façons d'affirmer son "NON" : exemples
Une pensée de Tahar Ben Jelloun

 

Quand l’obstination nous enferme...

La peur de perdre la face est bien souvent la cause de nos égarements. La crainte d'être remis en question par notre entourage nous conduit alors à persévérer...

Haut de page